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Le rêve se concrétise
Réplique à Sébastien Proulx, auteur du texte «Le rêve devenu réalité», paru dans La Presse du 20 mai 2010.
Le trentième anniversaire du référendum de 1980 devait bien entendu être le moment où quelques ténors du fédéralisme nous rabâchent la même doctrine canadienne. D’avance, nous pouvons présumer qu’ils seront bien moins bavards lorsqu’il faudra souligner l’échec fédéral en ce 20e anniversaire de Meech que lorsqu’il s’agit aujourd’hui de souligner l’échec d’un Québec indépendant. Car si, en 2010, le Québec est toujours une province (pro victis, « pour les vaincus ») du Canada, ce dernier est toujours incapable d’obtenir leur adhésion à l’Acte constitutionnel de 1982. Parmi les nombreux écrits, la palme du texte le plus mal construit revient incontestablement à Sébastien Proulx, ancien leader parlementaire de l’ADQ et maintenant membre du comité directeur de L’idée fédérale. Dans une suite maladroite de préjugés et de raccourcis intellectuels, le texte de M. Proulx, par souci de rigueur intellectuelle, nécessite une réplique.
L’ex-député commence son texte en soulignant que 58 % des Québécois jugent l’idée de la souveraineté dépassée. Ce chiffre, d’abord, comprend fort probablement les fédéralistes. Il s’agit somme toute d’un résultat, donc, prévisible. Mais selon le même sondage, commandité par le lobby fédéral de M. Proulx, L’idée fédérale, un infime 13 % des répondants jugent que « le développement du Québec a été facilité par son appartenance à la fédération canadienne », alors qu’ils sont le double à croire que « le développement du Québec a été ralenti par son appartenance à la fédération canadienne ». Pourtant, le texte de M. Proulx ne glisse pas mot de cette aberration canadienne. Est-ce un simple oubli?
Selon l’auteur, la mondialisation et l’éclatement des frontières font en sorte que « les peuples cherchent à se regrouper pour affronter l’avenir à l’intérieur de partenariats dits de fédéralisme plutôt que se diviser ». Sans doute, M. Proulx fait ici référence à l’Union européenne comme modèle pour le Canada. Peut-être faudrait-il lui rappeler que l’Union européenne est un amalgame de pays indépendants où ils délèguent des responsabilités à Bruxelles selon leur vouloir. Par ailleurs, le Québec était la province qui a poussé le gouvernement Mulroney à signer un accord de libre-échange avec nos voisins du sud, au grand dam de certaines provinces canadiennes. En fait, le Québec est à l’avant-garde du Rest of Canada. Peu de provinces, comme le Québec, exportent davantage dans le monde qu’à l’intérieur du Canada. Le libre-échange est plutôt un avantage pour un Québec indépendant, n’ayant plus besoin du marché intérieur canadien. Nos entrepreneurs, bien implantés en Amérique, le regard portant sur l’Asie et l’Europe, n’ont nul besoin du Canada pour interagir avec le monde.
Un autre argument amené par Sébastien Proulx est que l’économie québécoise, se fragilisant, a grandement besoin du Canada. Complètement farfelu! C’est bien le Québec qui résiste le mieux à la crise et c’est en Ontario où des milliards sont pompés d’Ottawa pour sauver l’industrie ontarienne, somme infiniment plus grande que les paiements de péréquation octroyés au Québec. Au restant, l’économie du Québec est loin d’être en processus de fragilisation. Selon Statistique Canada, durant les dix dernières années, le taux de croissance du PIB québécois par habitant est de 11,3. Celui du Canada est de 10,9 et celui de la moyenne des pays du G7 est de 8,1. Déficiente, l’économie québécoise? Loin de nous l’idée d’amoindrir la précarité de la situation budgétaire du Québec, mais dans cette situation, le Canada est loin de pouvoir nous aider. Son échec à ce niveau se mesure à son incompétence dans la présente crise forestière, trop occupé à vouloir sortir l’Ontario de la crise de l’industrie automobile.
Au final, une chose a radicalement changé depuis la défaite référendaire de 1980. Plus riche, plus confiant, ouvert sur le monde, le Québec n’a plus peur des arguments perfides que sont les camions de la Brinks et la perte des pensions fédérales. Lors de la prochaine lutte référendaire, les fédéralistes comme Sébastien Proulx devront avoir affûté leurs arguments, sous peine, encore une fois, de se ridiculiser. De plus, le 20e anniversaire de Meech sera l’occasion pour les Québécois de jauger l’échec des fédéralistes à « accommoder » les Québécois. Plus que jamais, le rêve se concrétise plutôt que de devenir fiction.
Alexandre Thériault-Marois,
Président, CNJPQ


