Le blogue du CNJPQ
La jeunesse sacrifiée à l'autel des choix difficiles
Lettre ouverte aux signataires du Pacte pour un financement concurrentiel de nos universités
Le Pacte pour un financement concurrentiel de nos universités, déposé la semaine dernière, insiste sur un réseau universitaire mieux financé au cœur du développement québécois. Le Pacte a suscité une importante et légitime levée de boucliers. Ces réactions condamnent le déplafonnement des droits de scolarité proposé par le Pacte en insistant, pour la plupart, sur l’importance de garder les droits de scolarité au niveau actuel. En d’autres mots, les signataires du Pacte tout comme ses belligérants nous posent la même question : doit-on geler ou dégeler les droits de scolarité?
Une génération qui fait déjà sa part
La jeunesse fait déjà sa part. Entre 1998 et 2002, le taux d’activité des jeunes travailleurs a augmenté de 8 %, rejoignant le taux d’activité de la population active totale au Québec. Le nombre d’heures travaillées à temps partiel pendant les études ne cesse d’augmenter, frôlant les 20 heures par semaine en moyenne lors de la session scolaire, du jamais vu au Québec, surtout chez les générations précédentes. Le pire, c’est que le chômage vient frapper les jeunes en premier, la crise économique frappant 21 % des jeunes l’été dernier. Et les frais de scolarité, en plus des autres frais universitaires, sont déjà en augmentation. Cela sans compter une crise du logement dans pratiquement toutes les régions du Québec.
Travailler, mais pour payer quoi? Après tout, nos frais de scolarité sont les plus bas en Amérique du Nord! Le problème est que le calcul des frais de scolarité dans le total du budget étudiant est somme toute mineur. Dans une étude américaine réalisée en 2006 par le Educational Policy Institute, des chercheurs ont évalué le coût relatif des études en comparant les 50 États américains et les 10 provinces canadiennes. Résultat? Le Québec arrive 30e, derrière le Texas, la Floride et la Caroline du Nord. Cela est plutôt un résultat décevant lorsque l’on s’est donné pour objectif, lors de la révolution tranquille, d’envoyer les fils et les filles de fermiers et d’ouvriers à l’université. Est-ce que ce qui était bon pour les autres générations ne l’est plus pour la nôtre? Encore aujourd’hui, les jeunes issus de familles ayant un revenu élevé sont 2,5 fois plus nombreux à accéder à l’université.
Du gel des frais de scolarité à l’endettement zéro
Malheureusement, chez les signataires du Pacte, on semble voir les étudiants et la génération montante comme de nouveaux contribuables au coût politique le plus bas. Sous prétexte que le Québec a les frais de scolarité les plus légers en Amérique du Nord, on met de côté l’exemple européen et on oublie volontiers le coût réel des études au Québec. On oublie que des frais de scolarité plutôt bas vont de concert avec des impôts sur le revenu plus élevés lorsque l’étudiant est devenu professionnel, ainsi qu’une charge sociale renforcée. Voilà le vrai pacte universitaire québécois.
Conséquemment, arguer que les frais de scolarité ne sont pas le seul gage d’accessibilité nous conduit vers d'autres combats, souvent oubliés chez les défenseurs du gel des frais de scolarité. En effet, encourager les jeunes Québécois à se rendre aux études postsecondaires, et même simplement à terminer le cycle secondaire, passe par plusieurs autres facteurs. Si le gel des frais de scolarité est pour nous la seule avenue possible, la lutte au décrochage scolaire dans les milieux défavorisés, l’accessibilité et la flexibilité du transport en commun ainsi que la résorption de la crise du logement dans plusieurs régions du Québec sont également des enjeux clés de l’accessibilité aux études. Ils doivent être à la base d’une Éducation nationale.
Nous croyons que la question du gel ou du dégel ne doit donc plus être le seul enjeu de l’accessibilité aux études. Du moins, il doit être substitué à un enjeu englobant, celui de l’endettement zéro. L’enjeu de l’accès aux études doit inclure toutes les dépenses qu’un étudiant doit assumer, la capacité financière des parents québécois à aider leurs enfants, le salaire étudiant et l’aide disponible de l’État. Ce tout nous donne ce qu’on pourrait appeler le coût réel des études. Avec un endettement qui peut dépasser les 20 000$ chez un bachelier bénéficiant de l’aide financière aux études, on crée véritablement deux classes d’étudiants, les diplômés endettés devant payer plus cher leur droit à l’éducation. À l’échelle d’une société, l’endettement ou son anticipation provoque la sous représentation des classes moyennes et pauvres à l’université et favorise le surendettement des jeunes ménages, limitant la richesse créée par l’éducation de cette classe moyenne émergente.
Se donner les moyens de prendre la relève



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