Le blogue du CNJPQ

La ministre Saint-Pierre peut-elle se dire féministe?

Témoignage d'une jeune femme présente au colloque sur les 20 ans de la tuerie de l'école Polytechnique

Aujourd'hui je participais au colloque de commémoration des 20 ans du drame de la Polytechnique à l'UQÀM. Parmi plusieurs orateurs et oratrices, la ministre libérale Christine Saint-Pierre était présente et a prononcé un discours qui a beaucoup choqué les féministes présentes.

L’une d’entre elles lui a souligné que, depuis la nouvelle politique en matière de condition féminine du Parti libéral, celui-ci avait retiré les mots qui précisaient que les agressions sexuelles sont en majorité des actes de violence contre les femmes. La ministre a répondu que tout le monde est à risque de subir une agression sexuelle et que les hommes sont des victimes au même chapitre que les femmes. Cependant, dans les faits, ce sont les femmes, à 85 %, qui sont victimes de ce type d’agression. De plus, selon le CALACS, les 15 % des victimes qui sont des hommes sont en grande majorité des enfants en jeune âge. Pourquoi le Parti libéral a-t-il tendance à tenter d'occulter le fait que ce soient en grande majorité les femmes qui sont victimes d'agression sexuelle?

Malheureusement, cette attitude permet souvent au gouvernement de couper des fonds pour les centres d'aide aux femmes. Au colloque, une femme s'est levée pour le lui reprocher et elle a été chaudement et longuement applaudie. Cette ministre se dit féministe, mais je dois dire qu'après discussion avec les femmes qui étaient présentes, celles-ci étaient plutôt heurtées par les propos de la ministre.

Par ailleurs, dans son discours où elle rendait hommage aux victimes du 6 décembre 1989, elle a mentionné que cet évènement a fait des victimes chez les hommes au même titre que chez les femmes. Pour citer Francis Dupuis-Deri; « Oui les hommes qui ont vu leurs collègues mourir et ont été marqués, mais le lendemain, nous les hommes, nous n'avions pas peur, nous ne nous sentions pas menacés ».  

Aussi, une jeune femme s'est levée pour lui demander comment, en tant que femme et en tant que féministe, elle s'était sentie quand son gouvernement avait fait passer la loi 34 qui a mettait en danger les cliniques d'avortement. Elle s’est contentée de répondre que son gouvernement avait été victime de démagogie! Dans les faits, ce sont les féministes qui ont dû se battre pour empêcher que l’une de ces cliniques soit obligée de fermer, alors qu’il y avait déjà un manque de cliniques d'avortement. Pour la ministre, donc, quand les citoyen(ne)s sortent dans la rue, c'est de la démagogie. Elle a également dit que son gouvernement avait immédiatement amendé la loi alors que le ministre de la santé a affirmé à plusieurs reprises qu'il ne l'amenderait pas. C’est seulement quand l'ordre des médecins et l'OIIQ sont sortis pour dénoncer cette aberration qu’il a fini par l'amender.

Qu'est-ce que t'en penses?

Loi 34

Ayant été présente à l'audition des femmes (des cliniques d'avortement publiques) qui ont demandé au Ministre de la santé de modifier la loi, qui mettait en danger l'aspect PUBLIC des cliniques d'avortement. Le Ministre s'est tout de suite confondu en excuses, parce qu'il avait "oublié" ces 3 cliniques qui fournissent des avortements dans des villes comme Gatineau, par exemple, où l'hôpital refuse de le faire, par culture institutionnelle, semble-t-il. Je veux bien croire qu'il s'agissait d'un oubli: l'erreur est humaine. Mais effectivement, il aurait fallu entendre dans ce discours que les droits des femmes sont encore fragiles, même si les avancées furent grandes.

D'une part, cela m'a amené à penser que plus il y aura de femmes en politique et plus la question de l'avortement, plus les questions touchant particulièrement (mais pas uniquement) les femmes, seront ramenées de l'avant dans le débat politique.

Hors, il faudrait avoir vu ce début de commission, avec seulement des hommes pour y assister, pour comprendre qu'on était encore loin de la parité, qu'elle soit numérique ou pas...

Dans un autre ordre d'idées, le sujet des agressions sexuelles dans la nouvelle politique avait également été discuté lors de l'université féministe d'été de 2009, à l'Université Laval. Les chiffres montraient clairement que c'était encore plus des trois quarts des victimes (déclarées) qui étaient des femmes: comment peut-on jouer sur les mots et dire que "tout le monde est à risque"?

Il est temps que le Québec se dote d'une véritable politique, qui ne remette pas toujours en question les droits des femmes, mais qui soit simplement conséquente de la réalité d'aujourd'hui. C'est l'égalité, qu'il faut viser, pas un combat de chiffres ou de mots, mais des mesures concrètes qui aideront la cause.

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