Le blogue du CNJPQ
La responsabilité internationale du Québec

Par Vincent Roy
La catastrophe que connaît Haïti et qui affecte maintenant le Québec et toute la planète est le théâtre d’une formidable solidarité; nous le constatons notamment par les records de dons enregistrés par la Croix rouge canadienne. Le souverainiste sensible en voyant des images en boucle de Port-au-Prince se demandera quelle est la place de son discours devant tant d’horreur. En fait, il y justifiera peut-être même la vanité de l’indépendance face à un évènement de cette ampleur : « Dans le fond, ce n’est pas l’enfer, ici, nous devrions peut-être arrêter de penser à nous et davantage penser aux plus démunis de la planète ». De telles réflexions poussent à croire que le projet souverainiste s’assimile trop souvent comme un projet interne, positif pour les Québécois et Québécoises, mais neutre ou N/D pour la communauté internationale et ce, malgré la sensibilité du Québec aux colloques internationaux sur l’environnement ou la Francophonie, par exemple. Cependant, en ce qui concerne les pays en voie de développement, posons-nous seulement le problème dans le bon sens? La souveraineté est-elle un projet auquel nous devons trouver ses motivations ou la réponse à ses motivations?
En posant le problème de la première façon, il apparaît opportuniste, voire déplacé, de parler de souveraineté lorsqu’on parle de catastrophes naturelles ou humaines. Haïti en est actuellement l’exemple le plus médiatisé, mais pensons aussi à tous ces peuples qui meurent de faim dans d’autres pays en voie de développement Après tout, face à l’émotion et la volonté de solidarité internationale qu’inspire Port-au-Prince, parler de souveraineté semble être à des années-lumière de la réalité des victimes… et c’est le cas! Face à l’urgence, nous acceptons alors volontiers la centralisation des opérations par le gouvernement fédéral. Pour des raisons d’efficacité, les paliers inférieurs – dont la province de Québec – s’effacent pour mieux gérer la crise. Après tout, ça fait longtemps que nous disons qu’un palier gouvernemental est plus efficace que deux paliers se chevauchant…
Nous souhaitons tous et toutes le contraire, mais nous sommes bien au courant que l’attrait médiatique et l’intérêt de la population pour Haïti sont tous deux éphémères à leur échelle actuelle. Bientôt, les plus grandes mobilisations de personnel et de moyens techniques se feront sur des fronts militaires stratégiques comme peut l’être, par exemple, l’Afghanistan dans toute sa contestation. Spéculons un peu en nous imaginant ce qui se passerait si les Québécois décidaient qu’ils préféraient que leur impact sur la scène internationale soit essentiellement humanitaire – la reconstruction d’État en voie de développement par exemple – au lieu de militaire (est-ce si spéculatif?). C’est simple : le Canada trancherait, comme toujours et probablement pas en ce sens si nous observons sa tendance.
Pour faire simple, la souveraineté n’est évidemment pas une réponse crédible à l’aide immédiate encore nécessaire en Haïti aujourd’hui. Cependant, nous pouvons nous demander de quelle façon la nation québécoise et l’État pourront le mieux remplir nos responsabilités internationales. Peut-être que ce sera en continuant de financer les opérations guerrières du gouvernement fédéral, mais souhaitons que ce soit en administrant nous-mêmes les milliards qui devront servir aux besoins les plus importants pour la survie et la sécurité de l’humanité.



Qu'est-ce que t'en penses?
Haïti et le Québec : même combat citoyen
Je dirais plutôt qu'Haïti et le Québec mènent le même combat pour la solidarité entre les peuples.
À la différence d'Haïti qui a perdu les piliers de sa nation en 60 secondes, le Québec se désagrège peu à peu. Ici comme ailleurs, seule l'action citoyenne peut rétablir l'équilibre pour le plein épanouissement de chacun des peuples.
L'effritement est pernicieux (rappelez-vous la grenouille dans la marmite qui bout tranquillement), mais soyez solidaires. N'accepter pas que les autres perdent leurs libertés fondamentales ou qu'ils agissent au détriment de nos droits collectifs. C'est ça le devoir citoyen à Haïti et au Québec -- et le devoir de toute nation.
Je crois à la solidarité. Et je crois à l'union de nos deux peuples. Nous sommes portés par le fait français en Amérique. Nous découvrons nous aussi le défi/fardeau de l'autodétermination des peuples. L'histoire se dessine un pas à la fois... C'est juste que parfois certains sont plus marquants que d'autres : « C'est un petit pour l'homme, mais un grand pas pour l'humanité. »
Chicanes inutiles ou fédéral borné?
Lorsque j'ai écrit ces mots, le gouvernement québécois semblait avoir délégué au fédéral ses champs de compétence partagés (comme l'immigration...).
Ça me semblait un gaspillage de talent vu l'expertise dans ce domaine du ministère québécois et sa proximité avec les communautés haïtiennes. Sauf que face à l'urgence on recherche l'efficacité... chose possible, ici, qu'en évitant le chevauchement de paliers gouvernementaux (il faut dailleurs en tirer des leçons).
Néanmoins, après les premiers jours de crises, l'expertise québécoise a voulu mettre la main à la pâte de façon organisée pour répondre aux besoins en place ce qui est on ne peut plus légitime et UTILE vu les ressources de plus en plus nécessaires.
Or, le Québec se frappe encore au gouvernement canadien dans ses démarches... Il est alors peu crédible de croire que ce soit une « chicane inutile » comme diront certains éditorialistes.
Voir: http://www.ledevoir.com/politique/canada/281368/haitiens-quebec-se-heurt...
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